EN MOUVEMENT

Fortement influencé par Jean-Jacques Rousseau, le Comte de Lacépède (1756-1825), auteur d’une «Poétique de la musique» écrit «que la musique ne se contente pas d’organiser un jeu de sensations; elle doit mettre en oeuvre une énergie», répondant par la même à la dynamique créatrice du compositeur.

Bel et bien finis sont les temps du classicisme et du romantisme où du premier, la configuration seule de l’oeuvre, et du second, la réalité subjective du talent, permettaient au compositeur d’accéder de facto à son statut de créateur. Pour ce faire, le compositeur d’aujourd’hui, être sachant, doit trouver l’énergie suffisante pour se mettre soi-même tout entier à faire parler le sens, lui donner de la valeur et de l’importance, le rendre vivant et parlant.

Ceux de la saison 2019-2020 sont de cette veine et l’illustreront à l’occasion de plusieurs temps marquants.

Le premier de notre saison parisienne porte le titre éponyme de l’ouvrage de Jean-Noël von der Weid: «Le Flux et le fixe, peinture et musique», qui invite à inverser les principes traditionnels de la musique, arts du temps, et de la peinture, art de l’espace.

Le programme tente ainsi une mise en correspondances entre ces deux univers d’expression dont les chemins sont arpentés de façon buissonnière et créative donnant lieu à trois créations des compositeurs Ricardo Nillni, inspiré par Sol Lewitt et Dan Flavin, Jérôme Combier par Raphaël Thierry, et Augustin Braud par Paul Klee.
Le projet «Columbia on the move», réunit quant à lui à la fois sur la scène et sur un disque à paraître à l’automne, quatre compositeurs américains: Alex Mincek, Eric Wubbels, Mario Diaz de Leon et Askhan Bezhadi.

Ils ont en commun d’être à la fois interprètes et compositeurs, d’avoir été pétris comme étudiant puis enseignant par la matrice de l’Université Columbia de New-York mais aussi par leur expérience de la vie musicale underground new-yorkaise à l’instar notamment de Mario Diaz de Leon, illustrant ainsi s’il en était besoin, la fluide énergie de la scène musicale américaine contemporaine et le profil éclectique de ses acteurs.


La musique réifiée en bien de consommation et détournée de sa fonction de communication caractérise la culture médiatique, englobant les masses d’un épais nuage opaque et suffocant et les étourdissant par ses hoquets de mode.

Il s’en suit une perte de l’aura de l’oeuvre qui ne se dégage que dans un milieu de proximité. C’est précisément celui-ci qui est la marque des rencontres, au nombre de trois avec successivement, Ricardo Nillni, Askhan Bezhadi et Brice Pauset, organisées dans l’écrin du salon privé d’Ulrike Kolb à Paris.

Echappant à toute forme de banalisation et nimbée d’une certaine sacralité, toujours renouvelée, chaque oeuvre présentée et chaque rencontre constituent donc un événement, répondant à un impérieux «maintenant, où passé et avenir sont annihilés (Gaston Bachelard).

Jean-Luc Menet
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Photographies : Eric Wubbels, Alex Mincek & Mario Diaz de Leon

©Philippe Gontier