CONTEMPORAIN

La contemporanéité s’inscrit dans le présent en le signalant avant tout comme archaïque ( au sens de “arkè”, origine), et seul celui qui perçoit dans les choses les plus modernes et les plus récentes les indices ou la signature de l’archaïsme peut être un contemporain. Cet aller-retour, ce rendez-vous secret entre archaïsme et modernisme est la marque de notre saison 2016-2017.

Pour élaborer sa performance chorégraphique “on the ring” créée à Yaoundé (Cameroun) et reprise à Grenoble, le performer-danseur- chorégraphe Zobel Tejeutsa, alias “Snake” se nourrit de “Rokh” de Raphaël Cendo, une musique inspirée du mythique oiseau apparenté au Phénix grec, gardien de l’arbre de la connaissance dans le jardin des Hespérides et symbole du renouveau, et celle de “Psappha” de Xenakis dont les structures rythmiques sont dérivées des cellules métriques caractéristiques de l’antique poésie de Sappho.

Un des fleurons de la Renaissance, le Château de Chambord met en valeur les notions de symétrie, de proportion, de régularité et d'équilibre des motifs héritées de l’Antiquité. Il servira d’écrin pour la création du projet “Polyphonies de formes” en parallèle de l’exposition "Georges Pompidou et l'art, une aventure du regard" que le Domaine National accueille à l’occasion du quarantième anniversaire de la création du Centre Pompidou.

Avec Iannis Xenakis, Philippe Schoeller, Robert HP Platz qui puise dans Palestrina l’inspiration d’une nouvelle œuvre polyphonique construite par couches successives et qui interagit naturellement avec l’espace architectural, le projet “Polyphonies de formes” s’inscrit dans l’histoire riche continue des liens séculaires entre musique et architecture, une “arkè”, qui plonge ses racines dans la plus lointaine histoire de la musique occidentale, du chant grégorien lié à l’architecture Carolingienne, de l’Ars antiqua à celle du Gothique rayonnant, de Palestrina à celle du Gothique flamboyant, de Boulez à Renzo Piano.

Le dialogue introductif au concert de l’architecte Peter Zumthor avec la compositrice Rebecca Saunders ambitionne de participer aux réflexions de certains de nos architectes et compositeurs contemporains sur ce que Renzo Piano définit comme “ce désir d’ordre commun entre l’art des sons et l’architecture, ce mélange curieux de poésie et de pragmatisme“.

A propos encore d’origine, “Anthèmes” qui figurera notamment au programme des concerts en hommage à Pierre Boulez à Paris et Buenos-Aires, s’inspire de la forme ancienne des anthems à propos desquels le compositeur lui-même livrait se souvenir que dans les cérémonies de la Semaine Sainte, on chantait les Lamentations de Jérémie, d’une articulation clairement strophique et dont il avait emprunté le système.

Dans le projet “in and out”, focus sur la musique suisse contemporaine, une oeuvre récente de Heinz Holliger par son aspect formel et plus explicitement encore par l’un des sous-titres, illustre ce lien caché avec l’origine contribuant ainsi à la définition et l’affirmation de la contemporanéité à rebours d’incongrues tentations passéistes fleurissant ici ou là.

“Être contemporain est avant tout une affaire de courage et signifie d’être ponctuel à un rendez-vous qu’on ne peut que manquer” nous dit Agamben. Nous vous convions nombreux à cette ponctualité qui, à la vue d’un horizon resserré d’où la lumière baisse dangereusement, nous appelle peut-être plus que jamais toutes et tous avec force.

Jean-Luc Menet